Voici le blog pédagogique de M. Cros.
Vous y trouverez des infos sur l'Antiquité et des pistes pour le latin.
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samedi 10 mai 2014

Le Colisée

Le Colisée (amphithéâtre Flavien) construit à Rome de 70 (env.) sous Vespasien, à 80, sous Titus (son fils). Il fut modifié sous Domitien (son second fils).
Le bâtiment tire son nom officiel de la dynastie des Flaviens, sous lesquels il a été construit. Son nom familier (Colosseum en latin, Colisée) vient de la statue colossale de Néron qui se trouvait dans les parages, et qui sera modifiée en statue d’Apollon-Hélios après la mort de Néron.

Le Colisée est un amphithéâtre de forme elliptique de 189 m de long et 156 m de largeur. C’est le plus grand de l’Empire romain. Il pouvait accueillir jusqu’à 75000 spectateurs. Il était destiné aux spectacles « du cirque » : chasses aux fauves ou combats d’animaux, exécutions (le midi), combats de gladiateurs. Les spécialistes s’interrogent pour savoir s’il n’a pas été conçu à l’origine pour servir aussi de bassin pour naumachies (combats navals), puisque un système important d’évacuation d’eau est présent, ainsi que des traces de béton hydraulique. Par ailleurs, le Colisée se trouve sur l’emplacement exact d’un étang de la propriété de Néron (dans cette zone à l’origine marécageuse avant l’aménagement du Forum au VIIe s. av. J.-C.). Mais la création de coulisses sous le plateau (en bois) empêchera de toute façon cette utilisation. Les coulisses permettaient des effets spéciaux, avec un système de monte-charge qui fait apparaître animaux ou gladiateurs directement dans l’arène (du latin arena, sable).

Sa façade (partiellement conservée) présente la succession classique (ordre dorique au rez-de-chaussée, ionique au 2e niveau, corinthien au 3e). Un velum protégeait les spectateurs du soleil.

C’est bien sûr le gigantisme qui frappe d’abord. Ce choix est souvent fait pour des équipements collectifs par les empereurs afin de marquer leur prestige (palais de Néron, forum de Trajan et son fameux centre commercial, Thermes de Caracalla…).
Vespasien prend le pouvoir après la crise politique qui suit la mort de Néron (68) et où 4 empereurs se succèdent (et s’entretuent) en moins de 2 ans. Vespasien (le 4e) veut restaurer le pouvoir impérial et consolider sa dynastie. Son choix se porte sur un amphithéâtre, car les combats de gladiateurs sont extrêmement populaires dans l’Empire.
Le contrôle de la population est un problème à Rome (plus d’un million d’habitants à l’époque) car des franges entières de la plèbe sont assistées (distributions de pain, clientélisme) et seraient promptes à créer du désordre en cas de problème d’approvisionnement (crucial à l’époque, des magistrats spécialisés sont chargés de l'annone).
L’empereur se doit de fournir à son peuple de quoi manger et de quoi se distraire (panem et circenses : du pain et des jeux). Sénèque raconte que les jours de jeux, Rome semble morte.

Le Colisée est donc un bâtiment qui sert le contrôle de la populace et le prestige et la générosité de l’empereur (qualifié de pater patriae, « père de la Patrie »). Il devient le garant du bonheur du peuple.

jeudi 1 mai 2014

Hooliganisme dans les arènes de Pompéi !

Revenons à ces violentes émeutes, qui ont fait de nombreux morts parmi les spectateurs, déjà évoquées dans un article ancien qui était une citation d'un roman d'Alain Jaubert.

Cet événement surprenant a lieu en 59 ap. J.-C. dans les arènes de Pompéi - le premier amphithéâtre du monde romain, puisqu'il date de -70, soit au moins 15 ans avant le premier à Rome (constitué de deux théâtres amovibles en bois qui pivotaient pour former une arène !).
Le conflit entre les deux villes voisines de Pompéi et Nucérie (Nocera) est ancien et remonte à la guerre sociale (-89). Nucérie avait pris le parti des Romains, contrairement à Pompéi, et a annexé le territoire de Stabies, qui comportait un port qui servait aux deux villes.

Voici le texte de Tacite (traduction d'Hubert Steiner) :
Sub idem tempus levi initio atrox caedes orta inter colonos Nucerinos Pompeianosque gladiatorio spectaculo, quod Livineius Regulus, quem motum senatu rettuli, edebat. Quippe oppidana lascivia in vicem incessentes probra, dein saxa, postremo ferrum sumpsere, validiore Pompeianorum plebe, apud quos spectaculum edebatur. Ergo deportati sunt in urbem multi e Nucerinis trunco per vulnera corpore, ac plerique liberorum aut parentum mortes deflebant. Cuius rei iudicium princeps senatui, senatus consulibus permisit. Et rursus re ad patres relata, prohibiti publice in decem annos eius modi coetu Pompeiani collegiaque, quae contra leges instituerant, dissoluta ; Livineius et qui alii seditionem conciverant exilio multati sunt. 
Vers la même époque, une dispute légère fut suivie d'un horrible massacre entre les habitants de deux colonies romaines, Nucérie et Pompéi. Livineius Regulus, que j'ai dit avoir été chassé du sénat, donnait un spectacle de gladiateurs. De ces railleries mutuelles où s'égaye la licence des petites villes, on en vint aux injures, puis aux pierres, enfin aux armes. La victoire resta aux Pompéiens, chez qui se donnait la fête. Beaucoup de Nucériens furent rapportés chez eux le corps tout mutilé ; un grand nombre pleuraient la mort d'un fils ou d'un père. Le prince renvoya le jugement de cette affaire au sénat, et le sénat aux consuls. Le sénat, en ayant été saisi de nouveau, défendit pour dix ans à la ville de Pompéi ces sortes de réunions, et supprima les associations qui s'y étaient formées aux mépris des lois. Livineius et les autres auteurs de la sédition furent punis de l’exil.
TACITE, Annales, 14,17

illustration : fresque découverte à Pompéi montrant l'événement. (Musée archéologique de Naples)

dimanche 9 mars 2014

Arrête ton char !


L'expression « Arrête ton char! » n'est pas directement en rapport avec le latin, mais le succès du film Ben-Hur change un peu la donne. Pour mieux comprendre tout ça, cliquez ici.

voir aussi quelques anecdotes sur le film…

mercredi 30 novembre 2011

Grand la gallo-romaine

Les Vosges ne sont pas réputées pour leurs vestiges archéologiques romains, et pourtant...
La ville de Grand oppose un démenti formel : une cité romaine existait bel et bien !
Il s'agissait d'un grand sanctuaire dédié au dieu guérisseur Grannus : il comporte l'un des amphi-théâtres les plus grands de France.

Un site très riche, à découvrir...

mercredi 9 novembre 2011

Combat dans le Colisée

Rom@ est un jeu en ligne, et une compétition internationale se joue au Cirque Maxime, opposant l'équipe italienne, menée par Delenda Kartago, et les Danois. Soudain, le virtuel semble devenir une réalité, passée depuis 2000 ans...

Côte à côte, les deux champions s'avancent au milieu de l'arène. Aussitôt plusieurs trappes habilement dissimulées dans le sable s'ouvrent tout autour d'eux, d'où bondissent des animaux sauvages fous de peur et de faim. Debout dans les gradins, des milliers de non-joueurs hurlent leur joie mauvaise quand Delenda Kartago transperce la poitrine de l'ours venu s'empêtrer dans son filet, après avoir occis en un temps record un lynx et une panthère, tandis que du côté danois Daniel, toujours moins habile en début de partie, n'avait pu qu'égorger un léopard. Soudain les podiums du Circus Maximus sont traversés par un arc électrique bleu outre-mer ; une brume jaunâtre et translucide environne les deux joueurs et leurs ordinateurs. Un taureau vient de surgir de l'une des deux grandes portes voûtées du cirque, et Delenda remarque aussitôt que quelque chose a changé. L'animal écumant semble doté d'une présence hors du commun. Quand son odeur musquée parvient à ses narines, tandis qu'une sueur noircie de poussière lui brûle les yeux, Delenda reste un instant stupéfait. Il a d'un geste machinal voulu pianoter sur son clavier pour s'avancer brusquement vers la bête, le trident levé, le filet en parade sur son flanc gauche ; mais le clavier a disparu, l'ordinateur avec lui, et l'estrade dressée sur le Circus Maximus, et la ville de Rome. Maintenant il sent sous ses pieds nus le sable brûlant du Colisée ; dans les gradins, le public trépigne et hurle de plus belle. Le taureau s'élance, si puissant qu'il fait trembler les planches du plateau sous le sable, mais Daniel a devancé son adversaire pour reprendre l'avantage, a couru vers la bête lancée avec l'insouciance du joueur exercé. Tout est allé très vite, brusquement le poignard a pesé de façon inhabituelle dans la main de l'assaillant, sa course s'est alentie dans le sable profond. Le taureau a pu embrocher Daniel par le ventre, sur l'une de ses cornes, le soulever, le lancer dans les airs derrière lui, comme un chiffon rougi. Il l'a frappé d'une ruade qui l'a fait voler cinq mètres de plus en arrière, avant qu'il ne retouche le sol. La bête fait volte-face pour le piétiner encore, mais Daniel est déjà mort, définitivement mort, sans le secours des trois vies prodiguées ordinairement par le programme de Rom@. Elle renifle un instant le cadavre, puis fait face à Delenda, se précipite sur lui. Il est tellement saisi qu'il n'esquive la charge qu'au dernier moment, et cette stratégie aberrante lui sauve la vie : l'animal emporté, pendant un instant, par l'élan de sa masse, freiné ensuite par l'effort immense qu'il produit afin de se retourner contre l'homme, se trouve presque immobile à ses côtés. Delenda n'a rien d'autre à faire que de plonger son trident dans le fanon de la bête, et de crever sa gorge épaisse ; un flot de sang jaillit, tandis que l'animal secoue la tête, l'air stupide, le trident échappe à la poigne de Delenda sous la violence du choc, sa jambe droite se couvre d'un sang écarlate, et dans les mouvements convulsifs de son agonie le taureau s'affale sur lui, donne encore dans le vide une ruade molle, le sang poisse maintenant la tunique de Delenda, ses cheveux noirs et courts, sa bouche. Il crache de dégoût, s'extirpe de ce piège gluant avec horreur, se relève tandis que la foule, sur les gradins et dans les tribunes, s'est mise à clamer son approbation admirative. Il se penche vers le cadavre encore parcouru de légers frémissements, en retire son arme, et la brandit en s'avançant vers les tribunes basses, comme tant de fois il a rêvé de le faire, dans sa chambre à coucher de l'appartement B-743 du Serpentone, oublieux de la laideur des lieux, ivre de sang et de triomphe.
À Rome, le vortex qui s'est formé à l'extrémité orientale du Circus Maximus balaye les podiums en direction du Tibre, puis s'immobilise devant le public effaré, vomit des équipages de chevaux écumants, attelés en trige, qui traversent l'esplanade pelée, la crinière constellée de perles, fou aillés par des auriges fébriles, casqués, qui, les rênes enroulées sur la taille, brandissent leur fouet, hurlent aux bêtes des menaces et des encouragements. Ils piétinent les jeunes gens sans paraître les voir. Tout leur être tendu vers l'extrémité du cirque où se joue l'arrivée, vers l'espoir éperdu de gagner pour toujours leur liberté, de quitter la tunique de l'esclave, de pouvoir ouvrir un commerce, de trouver à se marier. Plusieurs coursiers tombent, et leurs chars pirouettent au-dessus d'eux, écrasent d'autres spectateurs, d'un coup les mâchoires du temps se referment, les attelages s'évanouissent. Il ne reste sous le ciel de Rome que les morts et les agonisants ; sur le podium, où flotte l'odeur fade et chaude du sang, douze chaises vides, douze ordinateurs, douze écrans désormais inutiles.
Ensuite, ayant jeté sur le sable son trident et son filet, Delenda Kartago emprunte lentement le chemin de la sortie, portant le cadavre ensanglanté de Daniel, sous les acclamations de la foule, comme tant d'autres avant lui. Il avait descendu les degrés du tunnel menant au Ludus Magnus, sorte de stade miniature, à l'ouest du Colisée, où les gladiateurs s'entraînaient d'ordinaire, sous l’œil sévère des lanistes aboyant leurs conseils et leurs exhortations. L'endroit était désert.

Stéphane AUDEGUY, Rom@, Gallimard, 2011

lundi 3 mai 2010

Emeutes à Pompéi

- Avant de quitter l'amphithéâtre, dit Anna Maria, je vais vous raconter une histoire qui s'est produite ici et qui a été aussi vécue par les Pompéiens comme un drame. On la connaît parce qu'elle a été racontée, et pas par n'importe qui, par Tacite lui-même, et aussi parce qu'il y a une peinture qui montre l'événement et qui est conservée au musée, à Naples. C'est à propos des combats de gladiateurs. Les combats du cirque attiraient une foule considérable, déchaînaient les passions les plus folles, un peu comme le football aujourd'hui. En 59, éclate une rixe dans l'arène entre les habitants de Pompéi et ceux de Nuceria, la ville voisine, Nocera à notre époque. On ne sait pas comment la bagarre a commencé. Les Nocériens étaient sans doute venus soutenir leur équipe. Tacite dit qu'il y a eu des injures d'abord, puis on a lancé des pierres, enfin on est allé chercher des armes. Les bagarres essaimèrent partout dans les environs de l'amphithéâtre. Ce fut sauvage. Tous les voyous de Pompéi s'y mirent. Et, bien sûr, les Nocériens, qui devaient être moins nombreux, eurent le dessous. On releva de nombreux morts et aussi beaucoup de blessés. Le Sénat romain ouvrit une enquête et jugea. Néron interdit Pompéi de jeux pour dix ans et fit exiler l'organisateur des combats et les principaux chefs des bagarres. Mais trois ans plus tard, après le tremblement de terre de 62, on a été pris de pitié pour la ville, on a autorisé à nouveau les jeux ici.
- Eh bien, dit Marina, je suis en retard d'au moins deux histoires sur vous !

Alain JAUBERT, Une Nuit à Pompéi, éditions Gallimard, 2008.

Les supporters de Pompéi et ceux de Nuceria, ville voisine, en viennent aux mains, envahissent l'arène, et les abords de l'amphithéâtre et de la palestre. L'historien TACITE rapporte cette anecdote dans les Annales (XIV). Au fond, on distingue nettement le velum, immense toile qui abritait les spectateurs des ardeurs du soleil.

dimanche 25 avril 2010

Le Salon noir : les gladiateurs

Le Salon noir, émission de France Culture sur l'archéologie, excellente quoique assez pointue, propose une émission en réécoute consacrée aux gladiateurs à Rome. On peut y entendre Eric Teyssier, historien et auteur de La mort en face : le dossier gladiateurs, Actes Sud - 2009. (nécessite Real Player) :
ceux qui vont mourir te saluent

samedi 28 novembre 2009

Promenade il y a 2000 ans à Lutèce

Sortie pédagogique à Paris jeudi 26 novembre...
Après un départ très tôt, puisque nous devions arriver au Louvre pour 9h30, nous nous sommes dirigés vers Notre-Dame, en suivant les quais hauts. Le temps était avec nous, joli soleil à peine caché par quelques nuages facétieux.
Pause déjeuner dès 10h30 (indispensable quand on s'est levé avant 6h ;-) puis visite de l'exposition sur les monuments de Lutèce.
L'après-midi, nous ressortons au niveau du XXIe siècle pour retrouver les traces de la Lutèce antique dans Paris actuel ; direction : le quartier latin.
Nous repérons le cardo maximus antique, l'actuelle rue Saint-Jacques, puis nous rendons vers les Thermes de Cluny (ci-dessus), équipement plutôt luxueux pour une ville d'environ 10 000 habitants. Nous remontons le boulevard Saint-Michel, vers le site du forum antique (à l'intersection de la rue Soufflot). Seule une pierre atteste de ce monument assez impressionnant.
Nous retournons vers la rue Saint-Jacques, à son point culminant de la Montagne sainte-Geneviève. C'est à cet endroit que les arpenteurs romains ont tracé les axes de la Lutèce romaine, à l'aide de leur groma (ci-contre).
Nous poursuivons notre route vers les arènes de Lutèce (à droite), exemple de théâtre-amphithéâtre spécifique au nord de la Gaule. Celui de Lutèce a été conçu comme tel : le bâtiment a la forme d'un théâtre mais dispose à la place de l'orchestre d'une arène elliptique. Il est donc en fait différent de celui de Lillebonne, puisque dans l'antique Juliobona, le bâtiment résulte de la transformation d'un amphithéâtre en théâtre.

photos : J. CROS

dimanche 5 juillet 2009

Les Gaulois face à Rome

La Normandie entre deux mondes
Cette exposition, qui durera tout l'été jusqu'au 21 septembre, fait le point sur les découvertes archéologiques récentes en Normandie, concernant aussi bien l'Age de fer que la période romaine.
Il est vrai que la connaissance de la société gauloise s'est vue transformée ces dernières années. On est loin des visions simplificatrices du XIXe siècle, popularisées par Astérix !
Comme le titre l'indique, l'exposition présente la phase de transition entre la culture gauloise et la société gallo-romaine. On voit ainsi comment certains éléments typiquement gaulois perdurent (traditions agricoles et religieuses, habitat rural) et d'autres subissent l'acculturation romaine (équipements, sites d'habitat...).
On admirera par exemples plusieurs objets découverts récemment et peu montrés au public, ainsi qu'une collection de monnayage gaulois assez impressionnante.


Maquette d'une ferme gauloise de l'âge du fer, entourée d'une palissade, souvent doublée d'un fossé. La Gaule était déjà à l'époque largement défrichée (quand bien même César l'appelle "chevelue", adjectif au sens peu clair) et les rendements agricoles élevés.



Fragment d'enduit peint à fresque. On ne sait rien de la décoration des maisons en torchis gauloises. En ville, ce sont les thèmes et les styles romains qui sont représentés. La romanisation a d'ailleurs commencé par les élites (pour les peuples alliés à Rome) qui se sont empressées d'imiter les modes romaines, notamment pour les maisons, malgré leur inadaptation flagrante au climat humide et froid du nord de la Gaule.




Représentation de gladiateurs romains sur une céramique sigillée. Cela montre le succès populaire des jeux romains en Gaule, où les municipalités s'équipaient d'équipements ad hoc, par exemple les "théâtres-amphithéâtres" comme ceux de Lillebonne ou de Lutèce.


Du mardi 19 mai 2009 au lundi 21 septembre 2009,
Musée départemental des Antiquités, Rouen.

présentation de l'exposition.

mardi 3 février 2009

Ave Caesar, morituri te salutant !

"Salut, César (ou Sire), ceux qui vont mourir te saluent." Nul n'ignore que les gladiateurs, à leur entrée dans l'arène, allaient tout droit vers la loge impériale pour s'acquitter de cette indispensable formalité. Un film d'ailleurs excellent, le Gladiator de Ridley Scott, vient encore de le rappeler - la scène y figure même deux fois.
Et pourtant, avant même de se mettre en quête de la source de cette formule, deux détails auraient dû étonner.

1. D'abord ave, en latin, n'est pas un "salut" ou un "bonjour" quelconque (comme salve) ; c'est le salut militaire réglementaire. Et les gladiateurs ne sont évidemment pas des soldats. Un gladiateur même retraité ne pourra d'ailleurs jamais s'engager dans l'armée : la profession qu'il a exercée le marque à jamais d' infamia (à peu près, déchéance des droits civils et politiques).

2. Ensuite et surtout, morituri est absurde : comment ceux qui vont mourir en seraient-ils déjà sûrs ? Ou bien tous sauraient-ils qu'ils vont mourir de toute façon ? Evidemment non : dans un combat singulier, il y a, par définition, un survivant sur deux, et d'ailleurs un gladiateur bien entraîné est un investissement qu'on ne sacrifiera pas à la légère - qu'on chouchoute autant, en fait, qu'un footballeur d'aujourd'hui. Le vaincu obtient donc, en pratique, toujours sa grâce (la venia ) - avec ou sans un geste du pouce, c'est une autre question

La source de la citation vient résoudre ces difficultés, tout en confirmant que la formule est aujourd'hui employée constamment à contresens.

L'empereur Claude, dont le règne fut marqué par de grands travaux, comme l'agrandissement du port d'Ostie, fit également assécher le lac Fucin. Une fois réalisé le canal qui devait permettre l'écoulement définitif des eaux, il y eut une cérémonie que Claude décida d'immortaliser par un spectacle mémorable : une naumachie, c'est-à-dire un combat naval en réel. La chose en soi n'était pas nouvelle : César et Auguste avaient déjà offert au peuple ce genre de divertissement, que les Flaviens organiseront au Colisée. Mais sur un vrai lac, c'était évidemment autre chose Qui étaient les figurants ? Non pas des gladiateurs, évidemment, mais des soldats et des marins de la flotte, de toute façon condamnés à mort pour désobéissance ou toute autre faute de service, et auxquels on avait réservé un mode d'exécution original et spectaculaire. Leur adresse à l'empereur était donc parfaitement naturelle. Ce qui le fut moins, et qui déclencha même un incident - c'est pour cette raison, en réalité, que Suétone s'y étend -, c'est que Claude, qui n'était évidemment pas censé leur répondre, marmonna de son habituelle voix indistincte (dont Juvénal, avec sa gentillesse habituelle, dit qu'elle faisait songer à celle d'un veau marin, c'est-à-dire un phoque) quelque chose que les soldats comprirent aut non : "ou bien non, peut-être pas". Pour la suite, il faut laisser la parole à Suétone. "A ces mots, puisqu'il leur avait fait grâce, plus aucun ne voulut combattre. Alors il fut longtemps à se demander s'il n'allait pas les exterminer par le fer et par le feu ; il finit par sauter de sa chaise et se mit à courir partout sur les berges du lac, non sans boitiller de façon grotesque, et à force de menaces et d'encouragements il finit par les décider à se battre."

Ave, Caesar, morituri La formule est donc authentique (on serait tenté de dire : pour une fois), mais elle n'a pas du tout la portée qu'on lui donne aujourd'hui : il s'agit d'un épisode bien précis et non d'une règle générale, et qui, de toute façon, n'a rien à voir avec les gladiateurs.

Michel Dubuisson, Université de Liège (source : http://www.class.ulg.ac.be/ressources/dossiers.html)

mardi 17 juin 2008

Voir les combattants romains pour de vrai...



Le Musée des Temps barbares à Marle (Aisne) est spécialisé dans le Moyen-Age, mais il organise les 28 et 29 juin 2008 le Festival d'Histoire vivante où seront présentes des troupes de reconstitutions historiques s'intéressant à l'Antiquité. On pourra y voir deux centuries manœuvrant ensemble, des machines de guerre (balistes, onagres, scorpions...), des combats de gladiateurs, un camp romain reconstitué, on pourra y savourer de la cuisine romaine, y admirer de l'orfèvrerie romaine, etc. Les troupes présentes viennent de toute l'Europe et sont très réputées.
Cliquer ici pour plus d'informations.