Voici le blog pédagogique de M. Cros.
Vous y trouverez des infos sur l'Antiquité et des pistes pour le latin.

dimanche 10 mars 2019

Un témoignage de la défaite de Varus

La défaite de Varus a eu lieu dans la forêt de Teutobourg en 9 après J.-C., en Germanie. Les spécialistes ne sont pas d’accord sur le lieu exact de la bataille ni sur ses circonstances précises. Les Romains ont peut-être été victimes d’une trahison des mercenaires germains, menée par Arminius (Hermann), un Germain de la tribu des Chérusques, qui avait servi auprès des Romains. La défaite a été également rendue possible par un terrain marécageux absolument pas propice aux manœuvres de l’armée romaine, ainsi qu’à l’excellente connaissance du terrain par les Germains.
Une pierre tombale a été retrouvée en Allemagne à Xanten, non loin du camp romain de Castra Vetera (« le Vieux Camp »). C’est celle d’un centurion romain et de ses deux affranchis, manifestement tombés lors de cette bataille.
Le monument a la forme d’un temple, avec un fronton orné de rinceaux, soutenu par deux pilastres. On peut y voir trois personnages. Celui du milieu est le personnage principal, les bustes de part et d’autre sont ceux de ses affranchis.
Le personnage central porte une couronne de chêne (la corona civica ; il a donc sauvé un camarade), il a un cep de vigne à la main droite (il est centurion), sa cuirasse est ornée de phalères (masques) et des torques en or sont attachés à ses épaules. Il porte des bracelets (armillae) aux poignets. C’est un centurion couvert de médailles.
Observons l’inscription :

Marco  CAELIO  Titi  Filio  LEMonia  tribu  BONonia
I  Ordinis  LEGionis  XIIX  ANNorum  LIII  Semissis
CECIDIT  BELLO  VARIANO  OSSA
INFERRE  LICEBIT  Publius  CAELIVS  Titi  Filius
LEMonia  tribu  FRATER  FECIT

à Marcus Caelius, fils de Titus, de la tribu Lémonia de Bologne
centurion de 1e classe de la 18e légion, âgé de 53 ans et demi
Il est tombé lors de la guerre de Varus, on pourra 
y mettre ses ossements. Publius Caelius, fils de Titus,
de la tribu Lémonia, son frère, a fait faire (ce monument).

Sous chacun des bustes, on a les noms des affranchis de Marcus Caelius, morts avec lui :
Marcus CAELIUS Marci Libertus PRIVATUS : Marcus Caelius Privatus, affranchi de Marcus
Marcus CAELIUS Marci Libertus THIAMINUS : Marcus Caelius Thiaminus, affranchi de Marcus

En raison de la lacune de la pierre, on pourrait restituer au début de la 4e ligne LIBertorum INFERRE... ce qui signifierait : « On pourra y adjoindre les ossement de ses affranchis ».

L’information étonnante est l’âge de Marcus Caelius : il a dû rempiler à plusieurs reprises et son haut grade montrait qu’il devait être un bon chef pour ses hommes, à un moment où la Germanie devait devenir province romaine et que des cadres militaires fiables deviendraient indispensables. Il appartient au primus ordo, c’est-à-dire centurion de la première cohorte. Il n’est pas précisé s’il était « primipile », premier centurion de la légion, le plus haut grade de centurion, qui faisait en fait partie de l’état-major et avait voix au chapitre. Mais son âge et le contexte rendrait cela possible.
Le monument est bien un cénotaphe (du grec κενοτάϕιον : kenos « vide » et taphos « tombeau »), c’est-à-dire qu’il ne contient pas de corps. La famille a dû espérer pouvoir récupérer la dépouille de Marcus, ce qui, on le sait par les sources historiques, n’a pas été possible, les corps ayant été laissés à l’abandon et aux bêtes sauvages.
Cette pierre tombale se trouve aujourd’hui à Bonn, au Rheinisches Landesmuseum.

mercredi 30 janvier 2019

La Marche de l’Histoire : L’empereur Claude, un Lyonnais à Rome

L’émission de Jean Lebrun nous fait explorer l’histoire pendant 30 minutes...

mercredi 30 janvier 2019

Claude de Lyon, empereur romain

avec Isabelle Cogitore, professeure de langue et littérature latines à l’université Grenoble Alpes.

voir la fiche sur cette émission et l’écouter…


samedi 26 janvier 2019

Carbone 14 : Pompéi n’avait pas été fouillée depuis 70 ans !

Carbone 14, la nouvelle émission de France Culture sur l’archéologie, présentée par Vincent Charpentier, propose une émission en réécoute intitulée :

Dernières découvertes à Pompéi


avec Massimo Osanna, directeur de la surintendance de Pompéi et professeur à l’Université de Naples.

Consulter la fiche de l’émission...

Réécouter l’émission :

mercredi 21 novembre 2018

Vésuve : nouveaux indices

Ou : Comment un morceau de charbon de bois peut apporter une nouvelle preuve sur la date controversée de l’éruption du Vésuve. Du charbon de bois pour une ville enfouie sous les cendres, voilà qui ne manque pas de mordant !
Et c’est bien de « mordant » qu’il est question, puisque le morceau de charbon de bois susnommé a été utilisé pour tracer un graffiti qui dit « il a festoyé sans modération ». C’est sur un mur de la « Maison au jardin », à Pompéi, qu’on l’a retrouvé lors de fouilles récentes. Voilà un convive bien indélicat, ou plutôt un des ouvriers chargés des travaux en cours à l’époque de l’éruption... Mais bon, quand on a peut-être un peu trop bu... C’est en tout cas un manque de modération qui vient apporter aux archéologues un nouvel argument pour contester la date habituellement retenue pour l’éruption du Vésuve en 79. Depuis plusieurs années déjà, celle-ci est en effet remise en cause (voir ce message).
Le plus important, dans ce graffiti, c’est qu’il est daté ! Et une inscription au charbon de bois ne dure pas longtemps sur un mur qui faisait à l’époque l’objet de réfections.
Il est donc temps de l’examiner de plus près et d’en faire une traduction littérale (les parties en gris sont restituées) :

XVI ante Kalendas Novembres indulsit 
pro masumis esuritioni
Le 16 (avant) les calendes de novembre, il s’est laissé allé
 avec excès à la faim
Le fameux graffiti au charbon de bois découvert récemment. 
(© Photo parc archéologique de Pompéi)
Cette date correspond au 17 octobre, c’est-à-dire à peut-être une semaine avant l’éruption, si on considère la date du 24 novembre comme la plus probable (et qui nous est donnée par certains manuscrits des Lettres de Pline le Jeune).
Voilà qui montre que toute connaissance scientifique est toujours provisoire...
Une autre vue du mur en question
(Photos de Ciro Fusco, ANSA)

samedi 20 octobre 2018

Sur les épaules de Darwin : Virgile, la poésie, le vin

Juché sur les épaules de Darwin, Jean-Claude Ameisen évoque, dans une série d’émissions autour de l’origine de la production de boissons alcoolisées (bière sumérienne, vin cuit égyptien, vin), l’œuvre poétique de Virgile.

Dans une villa d’Atella

La première partie de l’émission est consacrée à l’évocation de la victoire d’Octave sur Antoine et la place de l’œuvre de Virgile dans la propagande augustéenne. Dans une deuxième partie, après avoir expliqué ce qu’est l’hexamètre dactylique (avec quelques approximations), J.-C. Ameisen présente la production vinicole romaine antique. L’émission se conclut sur les découvertes des plus anciennes traces de vin dans le monde.


Voir la fiche sur cette émission.

Réécouter l’émission :

lundi 1 octobre 2018

De nomine planetarum

Pourquoi les planètes portent-elle des noms de divinités ? En effet, quel rapport entre Jupiter, le roi des dieux, et la plus grande planète du système solaire ? Pourquoi Vénus s’appelle-t-elle Vénus ?

En fait, ces noms ont une longue histoire. Il faut remonter à la plus haute antiquité, en Mésopotamie. Ce sont les Babyloniens qui ont associé les planètes à des dieux. Les Grecs ont suivi leur tradition et ont donné comme nom aux planètes des équivalents dans leur panthéon.
Mercure était l’astre de Nabou, scribe divin, maître du savoir, qui fut assimilé à Hermès ; Vénus celui d’Ishtar, la grande déesse de l’amour et de la fécondité, qui devint Aphrodite ; Mars était l’astre du rouge Nergal, dieu guerrier, grand pourvoyeur des enfers ; Jupiter celui de Mardouk, le chef du panthéon à Babylone comme Zeus était roi de l’Olympe ; Saturne de Ninib, farouche divinité des combats, qui fut identifié avec Kronos, le cruel meurtrier de son père et de ses enfants.
Plus tard, les Romains, à leur tour, assimilèrent les dieux grecs aux leurs et conservèrent les associations avec les planètes. C’est également à l’époque romaine que l’on va directement assimiler les dieux à des planètes. Ces appellations se conservèrent dans la pratique populaire et dans celle des horoscopes, et les astronomes de l’époque romaine continueront à utiliser ces noms. Ils perdureront jusqu’à aujourd’hui, malgré quelques tentatives chrétiennes pour associer ces planètes à des éléments purement chrétiens. Et c’est dans les cieux que restent encore les divinités païennes sous forme de planètes, sous le regard des scientifiques.

Notons toutefois qu’à l’époque hellénistique, les savants grecs ont tenté de donner aux planètes connues à l’époque des noms qui n’avaient aucun rapport avec les dieux. Ainsi, pour les cinq planètes, les noms étaient tirés, non de leurs rapports avec telle ou telle divinité, mais de leur aspect physique. Saturne fut le Lumineux, Φαίνων, Jupiter le Resplendissant, Φαέθων, Mars le Rutilant ou l’Igné, Πυρόεις ou parfois Πυροειδής, Vénus le Porte-Lumière, Φωσφόρος, et Mercure le Scintillant, Στίλβων. Il est dommage que les Romains n’aient jamais traduit ces appellations astronomiques dans leur langue et appelé Saturne Lucidus, Jupiter Splendidus, Mars Rutilus ou Mercure Scintillans.

J. C.
Les informations de cet article proviennent de : Franz Cumont, Le nom des planètes et l’astrolatrie chez les Grecs, L’Antiquité Classique, année 1935 4-1,  pp. 5-43

jeudi 9 août 2018

La "semaine" romaine

Le calendrier romain a pour nous un fonctionnement déconcertant. En effet, les jours sont comptés à rebours par rapport à trois dates repères du mois : les calendes (1er du mois), les nones (5 ou 7 du mois, huit jours avant les ides) et les ides (13 ou 15 du mois). Ces dates ne proposent pas une division régulière du mois.
Celle-ci existait toutefois, mais sans être une subdivision du mois, mais un rythme parallèle qui se superposait à ce dernier. Cette "semaine" romaine durait huit jours et s'appelait les "nundinae". Ce mot, de même que le mot "nones", dérive du nombre 9. Pourquoi 9 alors qu'il n'y a que 8 jours ? Pour la même raison que pour dire "dans une semaine" on dit "dans huit jours" : on appelle cela le comptage inclusif.
A l'origine, les nundines sont des jours de marché, c'est-à-dire le jour où les paysans venaient en ville pour vendre leurs produits. Ces jours furent déclarés "fastes" par une loi, permettant ainsi d'organiser ces jours-là des procès ou des élections et donc aux paysans de pouvoir y participer. Les nundines devinrent le vrai rythme de la vie quotidienne des Romains, de même que la semaine pour nous, tant au plan commercial, politique ou juridique.

Calendrier romain retrouvé à Antium et daté d'environ 60 av. J.-C. avant la réforme julienne. 
Ce calendrier présente un mois intercalaire supplémentaire sur la dernière colonne. La première ligne correspond aux calendes (K. et l'abréviation du mois) et la dernière ligne au nombre de jours du mois.
Les nundines sont indiquées par les lettres A à H, sur le côté à gauche, devant chaque jour.
Les Sabins avaient eux une semaine de 7 jours. On la retrouve dans cette inscription trouvée à Pompéi (assez loin au sud, en fait) indiquant les jours de marché et utilisant le nom des jours tels qu'on les utilise encore aujourd'hui.
Calendrier des jours de marché découvert à Pompéi.

Voir l'article très complet sur les nundinae dans Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio en ligne.